Deux semaines depuis la sortie du mot-clic #MoiAussi : les ressources sont à bout de souffle

31 octobre 2017

Montréal, mardi le 31 octobre 2017 – À peine deux semaines après la sortie du mot-clic #MoiAussi, les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) sont à bout de souffle et n’ont pas encore vu la couleur de l’argent annoncé par la ministre David.

Les demandes d’aide ont plus que triplé dans les CALACS

Uniquement dans la période du 16 au 26 octobre, les Centres membres du Regroupement québécois des CALACS ont noté une hausse des nouvelles demandes d’aide variant entre 100% et 533%; en moyenne, les demandes ont plus que triplé! Également, plusieurs survivantes ayant déjà eu recours aux services des CALACS ont rappelé leur intervenante pour un soutien immédiat ou pour obtenir des rencontres supplémentaires. Tous les impacts engendrés par l’actualité font en sorte que les délais d’attente pour obtenir des services ont augmenté dans la plupart des centres, allant désormais jusqu’à 18 mois dans certaines régions.

L’inadéquation du système de justice de traiter les cas d’agression à caractère sexuel

Étant donné que la grande majorité des victimes d’agression à caractère sexuel ne portent pas plainte à la police, les femmes et les filles qui font appel aux CALACS souhaitent, de manière générale, avoir un suivi individuel ou participer à un groupe de soutien. Toutefois, plusieurs demandes reçues dans les centres dans les derniers jours visent le service d’accompagnement judiciaire. « Dans un contexte où le système de justice est incapable de traiter adéquatement les plaintes pour agression sexuelle (rappelons que seulement 3 agressions sur 1000 se soldent par une accusation, selon Juristat 2014), le service d’accompagnement judiciaire offert par les CALACS est plus que nécessaire » estime Mélanie Sarroino, agente de liaison au Regroupement québécois des CALACS. Ce service exige des intervenantes d’être présentes pour une survivante pendant plusieurs années. Le fonds d’urgence de 1M$ prévu par le gouvernement pour pallier ponctuellement au manque de ressources dans les centres pour victimes d’agression à caractère sexuel permettra-t-il d’offrir un soutien adéquat aux victimes qui portent plainte?

Agir en amont : la prévention et l’éducation pour enrayer le phénomène des agressions à caractère sexuel

En plus de l’augmentation des demandes d’aide, plusieurs CALACS ont vu les demandes pour des ateliers de sensibilisation monter en flèche. Le nombre de refus que doivent adresser les CALACS aux écoles qui désirent recevoir le programme de prévention Empreinte – Agir ensemble contre les agressions à caractère sexuel est de plus en plus préoccupant. Ce programme, développé conjointement par les membres du Regroupement québécois des CALACS et deux professeures du département de sexologie de l’UQAM – Manon Bergeron et Martine Hébert –, vise à réduire la tolérance sociale vis-à-vis les différentes formes de violences sexuelles.  Malgré les besoins criants en matière de prévention, les CALACS manquent de ressources pour répondre aux demandes croissantes des écoles. « Comment lutter sérieusement contre la violence sexuelle si notre gouvernement ne nous donne par les moyens d’offrir un programme de prévention complet à l’ensemble des jeunes du Québec? » se questionne Laurie Fradette, coordonnatrice du programme Empreinte. Face à la demande grandissante des parents et du personnel scolaire, le contexte actuel a littéralement ouvert les portes des écoles. Le gouvernement attendra-t-il que les portes se referment avant d’agir? Au début du mois d’octobre, les groupes féministes qui ont une véritable expertise terrain sur différents aspects qui touchent la sexualité des jeunes ont interpellé le ministre de l’éducation, M. Proulx, sur la question du retour de l’éducation à la sexualité : nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse. Force est de constater que l’éducation à la sexualité n’est pas une priorité pour le gouvernement. Pourtant, l’ampleur du phénomène des agressions à caractère sexuel mis en lumière par le mouvement #MoiAussi nous indique qu’il est plus que nécessaire de fournir aux jeunes du Québec une éducation à la sexualité dans une perspective féministe qui tient compte de la grande diversité des réalités et besoins des jeunes.

L’urgence d’injecter des fonds dans les ressources de type CALACS

Avec les demandes qui fusent de partout, tant au niveau de l’aide directe que de la prévention, il y a urgence d’injecter des fonds dans les ressources pour victimes d’agression sexuelle. Mais cet état d’urgence n’est pas apparu en même temps que le mot-clic #MoiAussi : les CALACS ont sonné le signal d’alarme il y a longtemps! Les évènements qui amènent les victimes d’agression à caractère sexuel à aller chercher du soutien dans les CALACS se succèdent (Nathalie Simard en 2004, #AgressionNonDénoncée en 2014, puis les femmes autochtones de Val d’Or l’année suivante, par exemple) et font monter la pression sur les ressources d’aide. Il y a maintenant dix ans qu’aucun nouvel argent n’a été investi dans les ressources de type CALACS au Québec. Comment une équipe de seulement deux intervenantes peut répondre tant aux demandes d’aide qu’aux besoins de prévention et de sensibilisation dans leur région? Comment les centres peuvent-ils rejoindre des communautés isolées situées à plusieurs kilomètres des points de services? Les CALACS font face à un sous-financement chronique, tout comme l’ensemble des groupes d’action communautaire autonome qui réclament 355millions de dollars par année pour permettre aux organismes qui œuvrent dans le secteur de la santé et des services sociaux d’assumer pleinement leur mission. Le rehaussement du financement de ce réseau est nécessaire, notamment pour rejoindre les survivantes qui appartiennent à des groupes de femmes trop souvent marginalisées. Le signal d’alarme a sonné il y a longtemps. Maintenant que l’actualité ne laisse plus de place au déni, quelles seront les actions du gouvernement? Lorsque les médias auront détourné leur regard, lorsque l’Assemblée nationale ne parlera plus de cette réalité alarmante, les victimes seront toujours là et les CALACS à leurs côtés. Aurons-nous alors l’appui du gouvernement pour poursuivre ce travail essentiel?

 

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Pour information :

Stéphanie Tremblay, agente de communication
Cell medias : 514-346-5252 | RQCALACS : 514-529-5252
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stephanie.tremblay@rqcalacs.qc.ca

 

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