Lettre à la ministre Thériault : La lutte aux violences sexuelles n’est pas une lutte à visage unique

08 décembre 2016

Mme Thériault,

Nous, le Comité conseil du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), vous écrivons aujourd’hui, à l’occasion des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes, au sujet de la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles (Stratégie). L’objectif de notre comité est de remettre au centre de la lutte contre les violences sexuelles, les réalités et les expériences plurielles des femmes qui sont traditionnellement mises en marge de la société. Il s’agit d’une action concertée et d’une forme de partenariat novateur qui se base sur la convergence des luttes en matière de violence sexuelle. Certaines nous appellent les femmes de la diversité, d’autres nous appellent les femmes davantage marginalisées ou discriminées, mais au fond nous sommes, pour la plupart, des groupes de femmes qui ont développé une expertise sur la question des violences sexuelles des hommes envers les femmes auprès des communautés avec lesquelles nous travaillons.

Le 28 octobre dernier, vous procédiez, dans la foulée de la mobilisation populaire contre la culture du viol, au dévoilement de la Stratégie gouvernementale. Bien que la plupart d’entre nous ait participé activement aux consultations qui ont mené à cette Stratégie, nous tenons à relever que nous n’avons jamais été informées de l’avancement des travaux et que seules certaines d’entre nous ont été invitées au dévoilement. Nous accusons néanmoins réception du document et souhaitons vous partager certaines de nos premières observations partielles.

D’abord, il importe de comprendre que la lutte aux violences sexuelles n’est pas une lutte à visage unique, tout simplement parce que les victimes de ces violences ont des expériences multiples et des réalités plurielles qui sont marquées par différentes sources de discrimination. Tel que mentionné à la page 8 de la Stratégie, les femmes victimes de violences sexuelles ne forment pas un groupe homogène. Bien qu’il soit pertinent de  reconnaitre les vulnérabilités spécifiques de certains groupes, il ne faut pas oublier que les victimes peuvent se situer à l’entrecroisement de différents types de discrimination, et donc, qu’elles peuvent se retrouver dans plusieurs de ces groupes. Pour éviter que des femmes soient encore mises en marge, pour éviter que certaines d’entre elles soient invisibilisées, il est nécessaire que les actions pour lutter contre ce fléau de société adressent, de manière transversale, les causes systémiques des oppressions auxquelles les femmes font face (racisme systémique, pauvreté, patriarcat, hétérosexisme, handicapisme qui comprend l'absence d’accessibilité universelle et toutes les autres inégalités et discriminations systémiques). C’est ce que nous appelons adopter une perspective intersectionnelle.

À chacune des consultations auxquelles nous participons, il nous est demandé de cibler LA mesure indispensable pour soutenir chaque groupe dit davantage marginalisé. Nous refusons de rentrer dans cette logique parcellaire. Plutôt, nous exigeons que tout soit mis en œuvre afin que les réalités, les expériences et les situations de toutes les femmes et les filles soient prises en compte dans la lutte aux violences sexuelles. Si nous ne travaillons pas ensemble sur plusieurs plans à la fois, nous assisterons inévitablement à l’augmentation constante des inégalités entre les femmes.

Nous saluons les efforts pour rendre les interventions judiciaires et policières plus efficientes, mais nous nous questionnons : comment pouvez-vous investir autant dans des institutions qui perpétuent des inégalités systémiques, alors que les causes de ces inégalités ne sont adressées nulle part? Ainsi, nous sommes grandement préoccupées par le peu d’espace accordé à la prévention de même qu’au soutien aux survivantes d’agression à caractère sexuel. Que proposez-vous pour les victimes (près de 95%) qui ne souhaitent pas se tourner vers le système judiciaire? C’est à la porte de nos organisations que les survivantes d’agression sexuelle viennent cogner lorsqu’elles ont besoin de soutien. Pourtant, nos organisations doivent naviguer, depuis plusieurs années, dans un contexte de rigueur économique qui occasionne un manque criant de ressources et un sous-financement effroyable. Nous nous attendions donc à retrouver, dans la Stratégie, davantage de reconnaissance envers l’expertise des organismes qui sont sur le terrain. Or, nous constatons que très peu de nos ressources et de leurs revendications se retrouvent dans le document et nous ne détenons aucune information nous permettant de savoir quelle part des investissements nous reviendra.

Par ailleurs, nous demandons davantage de transparence quant aux indicateurs qui vous permettront de mesurer l’impact des actions que vous proposez de mettre en place. Nous avons aussi constaté que plusieurs des mesures présentées dans la Stratégie restent plutôt abstraites. Quelle collaboration concrète avec nos organismes prévoyez-vous pour la mise en œuvre de la Stratégie? Le document avec lequel nous devons travailler reste extrêmement nébuleux à propos de ces questions essentielles.

En terminant, nous joignons notre voix à celle de Femmes autochtones du Québec (FAQ) qui se dit extrêmement préoccupée par le fait que le volet autochtone de la Stratégie gouvernementale ait été remplacé par une démarche globale en matière de développement social autochtone. Nous nous inquiétons avec elles par rapport aux conséquences que pourraient avoir des plans d’action séparés. Soyez assurée que nous suivrons de près les démarches qui mèneront à l’application de cette politique globale, tout comme nous continuerons de demander que soit améliorée la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles qui présente à nos yeux, de sérieux manques.

Veuillez agréer, Madame Thériault, nos salutations les plus distinguées.

Signataires :

Action des femmes handicapées de Montréal (AFHM)
Centre communautaire des femmes sud-asiatiques
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)
Conseil québécois LGBTQ
Femmes autochtones du Québec (FAQ)
La Maison des femmes sourdes de Montréal
Maison d’Haïti
Mouvement contre le viol et l’inceste
Réseau d’action des femmes handicapée (RAFH-DAWN Canada)
Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ)
Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS)
Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI)

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Nous avons, dans les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), sursauté à la lecture de la chronique de Sophie Durocher intitulée « Encore une fausse accusation de viol ». Voici notre réaction :

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20
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Ça fait maintenant presque qu’un an et demi qu’on propage le message #OnVousCroit dans les médias traditionnels et sociaux lorsqu’il est question de violence sexuelle. Depuis, on nous reproche de croire les yeux fermés, on nous accuse de sexisme inversé et de nous penser au-dessus des lois, on nous traite d’extrémistes et on nous dit que notre message nuit à notre crédibilité. À tous-tes les sceptiques, qui jugent que notre message #OnVousCroit est futile, vous trouverez, dans les lignes qui suivent, les raisons pour lesquelles nous ne cesserons pas de l’utiliser.

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