L'échec d'un système

18 novembre 2016

Cette semaine, nous avons appris que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne portera aucune accusation dans le dossier concernant certains policiers de Val-d’Or qui étaient accusés d’agressions sexuelles et physiques sur des femmes autochtones.

Une fois de plus, notre système judiciaire a échoué à protéger les survivantes d’agression sexuelle. Le Québec, pour sa part, a échoué à prendre en considération la réalité des femmes autochtones et le contexte historique de colonisation. Résultat : nous nous retrouvons, une fois de plus, face à une situation d’extrême injustice et nous la dénonçons.

La Table régionale des Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Abitibi-Témiscamingue et le Regroupement québécois des CALACS souhaitent, dans un premier temps, offrir leur soutien et exprimer toute leur solidarité aux femmes autochtones qui ont dénoncé les sévices subis. Nous tenons à mentionner que tous les CALACS, et en particulier le CALACS Assaut sexuel secours de Val-d’Or, sont présents pour les survivantes, mais nous demandons néanmoins au gouvernement Couillard d’appuyer financièrement les communautés autochtones afin qu’elles aient des services spécialisés et adaptés à leur réalité et leurs expériences.

Nous appuyons entièrement Femmes autochtones du Québec (FAQ) dans ses revendications pour qu’une enquête indépendante soit mise sur pied, ce qui mènerait à un réel processus neutre et impartial. Nous avons assisté à une rupture du lien de confiance entre, d’une part, les Autochtones et d’autre part, les forces de l’ordre et les différentes instances étatiques. Ce problème est dû au racisme systémique et à l’histoire coloniale du Québec et il est accentué, actuellement, par cette récente décision du DPCP. Il est de la responsabilité du gouvernement Couillard de poser des actions spécifiques pour adresser cet enjeu majeur. Nous réclamons également des moyens concrets venant de la Sureté du Québec afin de redonner confiance aux victimes d’agression sexuelle qui désirent porter plainte et aux intervenants-es qui les accompagnent dans ce processus.

Les CALACS ont un contact privilégié avec les survivantes depuis plus de 30 ans. Mais quand vient le temps de porter plainte, sur quoi s’appuyer concrètement pour rassurer les victimes alors que nous savons que seulement 3 plaintes sur 1000 mènent à une condamnation (JURSITAT, 2014)? Lorsque nous entendons encore autant de commentaires banalisant les agressions sexuelles et discréditant les victimes ? La récente décision du DPCP dans le dossier des policiers de Val-d’Or rendra notre travail plus ardu encore et nous sommes grandement inquiètes des répercussions que cette nouvelle aura, à court et à long terme, sur l’ensemble des survivantes et plus particulièrement sur celles qui sont autochtones.

Nous tenons à rappeler que l’agression à caractère sexuel est le crime le moins dénoncé : seulement 5% des crimes sexuels sont rapportés à la police. Malgré le fait que les procureurs prennent soin de rencontrer chacune des victimes afin de leur expliquer les raisons qui les amène à ne porter aucune accusation contre leur agresseur, inévitablement, cette décision fait l’effet d’un choc, parfois extrêmement difficile à absorber.  Porter plainte pour agression sexuelle représente une étape éprouvante pour la très grande majorité des survivantes et les inégalités et le racisme systémique rendent la tâche d’autant plus difficile pour les femmes autochtones. Imaginez lorsque la plainte vise une personne qui incarne l’autorité et la justice, en l’occurrence un policier et que les évènements sont médiatisés.

La Table régionale des CALACS de l’Abitibi-Témiscamingue organisera une marche de solidarité mardi le 22 novembre 2016 à Val-d’Or, en soutien aux femmes autochtones et toutes les survivantes de violence sexuelle. Nous invitons la population à être solidaire avec ces femmes en participant en grand nombre à l’activité. Contactez Sonya Grenier ou Judy Lafontaine au CALACS Assaut sexuel secours pour obtenir plus d’information : 819-825-6968 ou info@assautsexuelsecours.com

Judy Lafontaine du CALACS Assaut sexuel secours
Stéphanie Tremblay du Regroupement québécois des CALACS

                    

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