Lettre ouverte à la Ministre Vallée

07 décembre 2015

Depuis le 25 novembre dernier, le Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) prend part aux 12 jours d’action pour l’élimination des violences envers les femmes qui se dérouleront jusqu’au 6 décembre 2015 sous le thème : Les femmes sont toujours victimes de violence parce qu’elles sont des femmes. Il faut agir pour que ça change. Faites partie du changement!

Dans le cadre de ces 12 jours, le Regroupement propose, à raison d’une fois par jour, 12 attitudes aidantes à mettre de l’avant lorsqu’une femme dévoile une situation de violence. Et si le gouvernement décidait d’appliquer certaines de ces attitudes afin d’aider concrètement les victimes d’agression sexuelle?

Croire - Depuis 35 ans, les CALACS font valoir que les agressions sexuelles sont un réel fléau, un problème social d’envergure.  Que les filles, les femmes, les personnes plus vulnérables en sont les principales cibles. Les milliers de dévoilement via la campagne  #AgressionNonDénoncée il y  a plus d’un an ont secoué la population. Notre plus récente campagne #OnVousCroit vient aussi confirmer qu’un grand nombre de femmes vivent toujours avec un lourd secret et qu’il n’est pas toujours facile de s’en libérer. Les récents dévoilements d’une multitude de femmes (Marcel Aubut, les femmes autochtones de l’Abitibi, des étudiantes sur les campus universitaires) sont encore et toujours révélateurs de l’ampleur et de la complexité des dynamiques entourant la violence sexuelle. Et bien que les réseaux sociaux ont été un tremplin incroyable, il est permis de penser que certaines victimes ont eu plus de difficulté à faire entendre leur voix, pensons aux femmes vivant avec un handicap, une déficience intellectuelle ou immigrantes et réfugiées, et les différentes barrières auxquelles elles font face.  Les victimes doivent être entendues et CRUES Mme la Ministre. 

Écouter sans juger – Dans la dernière année, vous nous avez reçus en commission des relations avec les citoyens et vous nous avez invités à participer à des forums itinérants en matière d’agression sexuelle. Vous sembliez alors à l’écoute... Votre dernière sortie publique (en lien avec l’affaire Simard) nous rend perplexe quant au message qui a été retenu concernant les besoins des victimes.  Si 90% des victimes ne portent pas plainte Mme la Ministre…c’est qu’il y a encore d’énormes freins à la dénonciation. Clairement, il y a un message-là qui n’est pas entendu! Et, dans ce sens, la référence unilatérale au système de justice est inadéquate voire insultante.

Offrir du soutien - Nous côtoyons des victimes/survivantes d’agression sexuelle quotidiennement.  Leurs besoins sont grands tant à un niveau individuel que collectif. Pour assurer un accès, un soutien et des services adéquats, les organismes doivent être en mesure de les accueillir. L’ensemble des intervenantEs concernéEs fait partie de la réponse. C’est pourquoi nous attendons avec grande impatience la sortie du 3e plan d’action gouvernemental en matière d’agression sexuelle ainsi que la mise en place de mesures concrètes.

Clairement, en amont du soutien direct aux victimes, il y a la prévention.  Elle doit se faire auprès des jeunes, tout spécialement et ce, de manière continue.  À la lumière des nombreux préjugés qui gangrènent toujours la problématique de la violence sexuelle, une campagne de sensibilisation grand public serait salutaire.

Orienter vers les ressources – À défaut ne pas avoir été assez claire, on veut dire ici d’orienter les victimes vers les ressources dont elles ont besoin, non pas celles dont on pense qu’elles ont besoin. Le respect du rythme, du vécu, des besoins, des émotions et des sentiments des victimes voilà une attitude aidante digne d’un réel souci de leur mieux-être.

À votre tour Mme la Ministre d’aider la cause…

Chantal Robitaille

Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel

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