Au nom des victimes, vous dites?

09 mars 2012

 

« Ce gouvernement existe pour aider les victimes » a déclaré le premier ministre Harper, à la défense du sénateur Boisvenu, suite à sa regrettable déclaration que désormais tout le monde connaît : « il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule ».

La protection des victimes d’actes criminels se trouve au cœur de l’engagement de M. Boisvenu au Sénat. Avant sa nomination - par le premier ministre Harper, faut-il le rappeler -, il a fondé et présidé l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Peut-il pour autant se prétendre le porte-parole des victimes, et surtout de toutes les victimes?

En tant qu’organisme qui défend les droits des femmes et adolescentes victimes d’agression à caractère sexuel, nous ne nous reconnaissons pas dans les propos ni du sénateur Boisvenu, ni du premier ministre Harper, qu’ils prononcent soi-disant au nom des victimes. Nous ne partageons pas cette vision qui oppose les droits des victimes à ceux des criminels. Nous questionnons la légitimité de Pierre-Hugues Boisvenu comme porte-parole du gouvernement en matière de justice et la pertinence des mesures gouvernementales qu’on veut mettre en place pour « aider les victimes ».

Le projet de loi C-10 – Loi sur la sécurité des rues et des communautés – contient plusieurs mesures répressives contre les criminels, et il est présentement devant le Sénat, au Comité permanent des affaires juridiques et constitutionnelles, dont fait partie le sénateur Boisvenu. Cette loi se rapproche de l’assermentation, et nous sommes malheureusement persuadées qu’elle n’aidera pas les victimes, bien qu’elle soit défendue en leur nom.

Le crime d’agression sexuelle est un crime généralement commis par des hommes et dont les femmes, les adolescentes et les enfants sont les principales victimes. Ce ne sont pas les mesures répressives qui vont faire reculer de telles inégalités entre les femmes et les hommes. La violence envers les femmes étant un frein à l’égalité entre les sexes, des mesures pour atteindre cette égalité sont plus utiles et nécessaires que des mesures répressives envers les criminels.

Nous privilégions la prévention et la sensibilisation, grâce auxquelles des crimes peuvent être évités plutôt que seulement punis. Nous ne sommes pas les seules à être convaincues, études à l’appui, que les mesures répressives ne sont pas du tout efficaces pour réduire le taux de criminalité, puisqu’elles n’ont pas d’effet dissuasif.

Pour réellement soutenir les victimes, le gouvernement doit miser sur la prévention et les services d’aide directe. Nous dénonçons les dépenses faramineuses liées à l’application des mesures prévues dans le projet de loi C-10 – qui s’élèveront à 19 milliards de dollars selon l’Institut de recherches et d’informations socio-économiques (IRIS) – alors que la Stratégie fédérale d’aide aux victimes ne recevra que 26 millions dans les deux prochaines années. Nous ne pouvons que souligner ce déséquilibre flagrant et se questionner sur le sens des priorités du gouvernement. Comment le premier ministre peut-il affirmer que « ce gouvernement existe pour aider les victimes »?

Pour M. Boisvenu comme pour le gouvernement conservateur, l’impossible réhabilitation de certains criminels justifieraient de se questionner sur les mesures répressives les plus radicales. M. Boisvenu cite en exemple les Shafia, inculpés pour quatre meurtres prémédités, qui ne pourraient pas, selon lui, « être réhabilités dans les valeurs canadiennes ». Deux poids, deux mesures selon l’origine des criminels? En serait-il de même pour les victimes dont il se prétend le porte-parole? L’affirmation xénophobe du sénateur a vite glissé dans la nécessité, à son avis, de resserrer l’immigration pour les gens provenant de ce « genre de pays ».

Notre volonté devient donc encore plus ferme de se dissocier des positions du sénateur et d’affirmer qu’il ne parle pas au nom des victimes, malgré ses prétentions. En tous les cas, il ne parle pas en notre nom.

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