À quand un film sur les faits vécus par les femmes victimes de violence sexuelle?

14 septembre 2012

Le film L’affaire Dumont, à l’affiche depuis le 14 septembre, fait beaucoup parler des failles du traitement judiciaire et des fausses allégations en matière d’agressions à caractère sexuel, que l’on croit, à tort, nombreuses. Le film dépeint un Michel Dumont injustement traité par le système judiciaire. Un sujet fort louable, puisque les victimes d’agression sexuelle en font régulièrement l’expérience. À l’occasion de la Journée contre la violence sexuelle faite aux femmes, nous posons la question : à quand un film sur les faits vécus par les femmes victimes de violence sexuelle? La trame du film pourrait ressembler à ce qui suit :

Imaginons une femme ordinaire, ni particulièrement belle, ni vraiment laide - dans les cas déclarés à la police, 82% des victimes sont de sexe féminin - qui trouve le courage de porter plainte pour une agression sexuelle qui s’est produite des années auparavant. Près de la moitié des femmes qui demandent de l’aide dans les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) ont d’ailleurs attendu 13 ans ou plus. Cette femme, malgré la peur qui l’habite, se présente au poste de police après avoir vécu longtemps dans la honte et la culpabilité, et avoir porté ce lourd secret. Elle s’est sortie d’une dépression, a essuyé de nombreux échecs amoureux. Elle a été rejetée par sa famille, qui ne croyait pas que cet oncle sympathique avait posé des gestes aussi dégoûtants. Près de 8 victimes sur 10 connaissent leur agresseur. Les agressions sexuelles ne sont pas règle générale perpétrées par des inconnus à la pointe d’un couteau.

En quête de justice et de réparation intérieure, elle s’inquiète des petites-filles de cet oncle, devenu grand-père depuis. À sa rencontre avec l’enquêteur, où elle est tenue d’être seule, elle raconte son drame personnel et répond à des questions parfois indiscrètes. L’enquêteur la croira- t-elle? Sa plainte sera-t-elle retenue? La preuve doit convaincre le procureur pour qu’il décide de porter des accusations pour un crime datant depuis plus de dix ans ; 60% des dossiers d’infraction sexuelle sont classés sans mise en accusation parce que le procureur estime qu’il ne pourrait raisonnablement obtenir une condamnation1, faute de preuves. Si on ne la croit pas, elle aura fait tout ça pour rien. Et que deviendront les petites-filles?

Pour les besoins de notre scénario, la plainte est retenue. La femme poursuit le processus judiciaire et doit témoigner à divers moments ; à l’enquête préliminaire, au procès, etc. Aux yeux du système de justice, doit-on le rappeler, madame devient le témoin principal du crime, et non la victime. L’accusé est quant à lui innocent jusqu’à preuve du contraire.

Le mot « preuve » est fondamental. On ne demande pas à la Cour d’innocenter un homme, mais de ne pas le condamner tant qu’il subsiste un doute raisonnable. Or, voilà qu’on reproche à la dame de ne pas avoir dénoncé le crime avant, et qu’on met en doute sa crédibilité. Notre courageuse protagoniste devra affronter seule, sans le soutien de sa famille qui la croit folle, les questions des avocats et les examens psychologiques du public…En conclusion à ce scénario inspirée de milliers d’histoires vraies, la défense parvient à semer le doute raisonnable. Le juge croit la plaignante, mais il doit acquitter l’accusé. L’agression a pourtant eu lieu. Est-il surprenant que seules 10% des infractions sexuelles soient déclarées à la police?

Ce drame, les intervenantes de CALACS l’observent au quotidien. Le scénario de milliers de femmes qui souffrent des conséquences d’une violence sexuelle de plus en plus banalisée par la société.

Une enquête sociale générale sur la victimisation au Canada relate en effet que la majorité des victimes (58%) ont dit ne pas avoir signalé l’agression sexuelle à la police parce qu’elles estimaient que l’incident n’était pas suffisamment important. Comment prendre au sérieux la violence sexuelle exercée à son endroit, lorsque la société projette partout, du journal local aux grands écrans, que les femmes et les adolescentes sont des « objets » de consommation jetables ou de pauvres folles en liberté? L’industrie de la séduction est en plein essor, et la banalisation de la violence sexuelle rend les frontières entre ce qui est acceptable ou non de plus en plus floues. Les agressions à caractère sexuel ne sont pas des faits divers. Ça arrive pour vrai tous les jours.

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Ça fait maintenant presque qu’un an et demi qu’on propage le message #OnVousCroit dans les médias traditionnels et sociaux lorsqu’il est question de violence sexuelle. Depuis, on nous reproche de croire les yeux fermés, on nous accuse de sexisme inversé et de nous penser au-dessus des lois, on nous traite d’extrémistes et on nous dit que notre message nuit à notre crédibilité. À tous-tes les sceptiques, qui jugent que notre message #OnVousCroit est futile, vous trouverez, dans les lignes qui suivent, les raisons pour lesquelles nous ne cesserons pas de l’utiliser.

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Nous, le Comité conseil du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), vous écrivons aujourd’hui, à l’occasion des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes, au sujet de la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles (Stratégie). L’objectif de notre comité est de remettre au centre de la lutte contre les violences sexuelles, les réalités et les expériences plurielles des femmes qui sont traditionnellement mises en marge de la société.

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